Ton de balles au Balaton

Texte : auteur non divulgué 

Photos d'archives

 

Des pressions diplomatiques dont l'insistance dénotait la nature inamicale malgré les formes courtoises dont elles étaient formulées, nous empêchent de publier ici les révélations sur la Marine Afghane que nous nous étions promis de faire.
Vignes Lac BalatonNotre voyage en fut donc fortement écourté et nous nous retrouvâmes au bord du lac Balaton, qui présente au moins deux avantages, la possibilité d'y naviguer tant à la voile qu'aux avirons, mais aussi d'avoir ses coteaux alentours plantés de vigne fournissant d'agréables vins blancs que les vignerons proposent dans les buvettes au bord de l'eau. 

Image: le lac Balaton vu des vignobles

 
Ayant loué un dériveur, nous nous promenions agréablement dans un petit temps joliment ensoleillé, quand notre oeil fut attiré par des voiles qui cinglaient vers nous. La silhouette de l'embarcation nous parut familière. Lola of Skagen? Non, la voilure, même de loin, paraissait différente. Soudain ça nous revint : La Belle Poule!
La Belle PouleNous mîmes le cap droit dessus et tout ce confirmait, il s'agissait bien de notre monument national. Notre barcasse de louage n'ayant pas de pavillon, nous ne pûmes saluer le navire afin d'avoir l'immense plaisir de voir les matelots à la manoeuvre pour nous saluer en retour. Nous nous contentâmes d'un salut amical auquel il fut répondu de même.

Image: La Belle Poule


Le soir venu, attablés devant un petit blanc qui se laissait boire, nous reconnûmes accompagné d'un fier gradé de notre Marine, un personnage que nous avions connu, lui alors jeune homme et nous déjà un peu moins, gravitant autour du Quai d'Orsay. Les années l'avaient pourvu de cet embonpoint diplomatique qui fit beaucoup pour le rayonnement de la France.
On se reconnait, on s'attable et on devise en parlant du bon vieux temps. 
La conversation -nous l'y amenâmes- roula bientôt sur La Belle Poule en visite protocolaire en Hongrie. Nous interrogeâmes notre vieil ami et le galonné :

"Comment avez vous fait pour faire venir ce navire jusqu'ici?"
"C'est classé secret défense" répondit le super matelot.

Comme on ne voyait guère que ce dût l'être, mais qu'au contraire on eut dû se montrer fier de l'exploit, il nous vint à l'idée qu'il y avait peut-être anguille sous roche.
Un signe au vigneron et le pichet fut rempli de nouveau, vidé et rempli derechef pour être promptement revidé, etc. Nous n'y touchâmes qu'avec une modération finement dissimulée, autant dire que le diplomate et le marin furent les grands gagnants au lever du coude. C'est ainsi que, in vino veritas, nous eûmes le fin mot de l'affaire.
Le secret défense visait à couvrir l'autre navire que la France avait dépêché ici : un de ses sous-marins nucléaire. Pas moins. Comme il devait demeurer discrètement en plongée au fond du Lac Balaton, seule la goélette offrait une justification aux mesures prises pour que les conditions techniques de ce voyage ne fussent pas portées à la connaissance du public.

Le Redoutable

image : Le Redoutable


Nous crûmes qu'on se fichait de notre tête, mais le degré d'imprégnation de nos deux convives ne permettait pas qu'ils fisssent preuve de duplicité surabondante.
Notre ami oeuvrant dorénavant au Ministère de la Concorde Internationale, à la Sous-division pour le Maintien de la Paix, autrement dit le discret service qui s'occupe de la promotion de nos ventes d'armement, il faisait partie de la délégation qui s'efforçait de placer notre matériel avant l'échéance de la création d'une Marine Nationale Hongroise, voulue par les réglements d'harmonisation européenne. Les Magyars avaient bien argüé de sombres contingences géographiques pour se dispenser de leurs devoirs, et se seraient bien contentés de leur modeste flotte fluviale et leur bataillon d'artificiers militaires, mais les traités étant les traités, il convenait de s'y tenir et de doter enfin ce membre de l'Union Européenne des éléments nécessaires à la Défense Commune.
La France se devait d'aider son partenaire dans cette aventure nouvelle pour lui, et outre quelques corvettes et deux ou trois avisos que nos chantiers pouvaient livrer, les pourparlers allaient bon train pour qu'un porte-avion soit enfin présent sur ces eaux territoriales lacustres, et qu'une force de dissuasion s'y cache pour surprendre l'ennemi qui, attaquant avec la cavalerie, serait désarçonné de devoir mener une bataille navale.

Le reste de notre séjour se passa dans le guet d'une nécessaire sortie de l'eau du sous-marin nucléaire, la journée sur le lac, sillonant les eaux sur un voilaviron d'origine indéterminée, et le soir de la grève. Encore heureux qu'il ait fait beau et que les bords du Balaton soient plantés de vignes qui produisent quelques vins blancs qui se laissent boire, ce qui nous permit, outre de tuer le ver et le temps, d'avoir une justificaton à notre présence ininterrompue dans les guinguettes au bord de l'eau, scrutant le lac dans l'attente de l'apparition d'un périscope.
Très redoutableNotre espérance ne fut pas vaine, car un soir de brumes, nous pûmes apercevoir le sous-marin faisant surface dans son apparât de camouflage. 
Nous ne dévoilerons pas de photos compromettantes, mais la similitude étant étonnante, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec le mystère d'un autre lac qui serait enfin résolu si nous n'étions tenu par un secret défense impératif.

 

 

 

Notes Danilusiennes :

1) Par respect pour le secret défense,  nous ne publions que des images d'archives.

2) La profondeur moyenne du lac Balaton est de 3,25m.