étambrai

Etambrai : saison 2

TEXTE: Daniel M.

IMAGES : François Vivier ;  copies décran de video (Fred Shell)

 

L'étambrai avons nous dit ici,  se caractérise par deux états : fermé ou ouvert, en O ou en U. La supériorité du modèle ouvert réside uniquement dans la facilité de lever ou abattre le mât.

Mais il est des configurations de pont qui rendent difficiles l'installation d'un étambrai ouvert. On aimerait alors au moins un système entr'ouvert.

Sur un Kanoteko+, Philippe Saint-Arroman devait créer aposteriori un réservoir à ballast liquide englobant le pied de mât. Pour ne pas rehausser celui-ci il pratiqua une ouverture en pan incliné autorisant une mise à la verticale progressive de l'espar majeur, et cette configuration permettait d'imaginer une solution du même ordre pour aménager l'étambrai à travers un pont.

Et bien, François Vivier propose exactement cela dans son plan rénové de son modèle Lilou !

Lilou 2 perspective etambrai 1

Cette image est une vue partielle du plan de Lilou2 (cliquez dessus pour voir l'image originelle sur le site de l'architecte).

On remarquera que le puits de l'étambrai présente une élégante ouverture en forme d'arènes romaines qui coiffe une boite dont le coté arrière est incliné. Le mât peut ainsi se positionner lui aussi incliné sur le bord de l'arènoïde et être graduellement hissé jusqu'à la verticale. De plus il devient aisé d'envisager des réglages savants de sa quête, si tant est que ça présenterait de l'intéret.

J'entends des esprits envieux qui ne voient pas comment créer un puits incliné sur leur canot ponté sans se lancer dans des travaux délicats sur la structure. Dont acte.

En regardant des vidéos de Fred Shell, architecte-constructeur américain, hissant les mâts de ses shooners sans le moindre effort et surtout sans numéro d'équilibriste, nous étions curieux de son truc. On comprend l'astuce dans une vidéo qui détaille son shooner 18 sur Youtube. Une échancrure dans un tuyau : plus simple tu meurs!

Voici une copie d'écran qui vaut tous les discours.

Shell etambrai2

cette image n'est pas très nette mais on comprend aisément le principe. Le haut de l'étambrai est constitué d'un morceau de tuyau (ça ressemble à du matériau de plomberie plastique) dont la coupe en biais est joliment arrondie pour recevoir le coté du mât qui peut ainsi pivoter sur cette arète en glissant sur le bord intérieur opposé du tuyau au fur et à mesure qu'on soulève l'espar. La photo montre le mât arrière, mais manifestement un tuyau du même acabit est installé à travers le pontage avant et ne necessite pas d'autre moyen de calage.

Pour la démonstration, voyez cette video :

Si on doit intervenir aposteriori, une solution simple pour modifier un étambrai fermé (de Skellig par exemple, ou de notre Nantucket catboat), serait de coller un bout de tuyau échancré au dessus du trou dans le pont, il suffit que sa hauteur soit à peine supérieure au diamètre du mât pour que l'on dispose d'un point d'appui oblique afin de dresser progressivement celui-ci. Si on a du bois verni et que le tuyau de plastique gris messied par trop, rien n'empêche soit de la peindre en ronce de noyer tel un tableau de bord de Facel-Vega, soit de le confectionner aussi en bois.

Fred Shell

note Danilusienne : On voit ici Fred Shell dérouler ensuite les voiles, on se demande pourquoi il n'installe pas un truc à la Montaubin sur son mât tournant, mais ceci est une autre histoire.

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Étambrai : ouvert ou fermé?

Texte : Daniel M.

Photos  (dans l'ordre) : VAP ,  Ross Lillistone , Leecton (Gérard Quillet) , VAP .

Dans le numéro 27 de la revue Chasse-marée, de janvier 1987 se trouvait un article fondateur au titre évocateur : "Naviguer autrement".
Dans cet article laudateur du voilaviron, on remarque une petite note critique à propos du matage en mer qu'on reproduit ici ; " À cet égard, certains étambrais fermés (simples trous dans le pontage), situés à l'avant d'un canot sans stabilité initiale, laissent pour le moins rêveur."

Cette remarque n'a pas pris une ride. Hélas!


Img 20160804 184433L'étambrai est cette non-chose, ce creux qui sert à tenir le mât, cet élément fondamental auquel on ne prête que peu d'attentions théoriques, peut-être parce qu'une pensée binaire suffit à l'appréhender, car comme un porte, c'est ouvert ou c'est fermé. La description se résume dans les formes de deux lettres :  O, fermé ou U,ouvert!

Notre première illustration, bien que montrant un dériveur de sport où la retenue du mât vers l'arrière est assurée par un étai, présente l'avantage de bien faire comprendre que l'essentiel de la poussée du mât contre la coque se fait vers l'avant, et donc que la retenue vers l'arrière n'a pas besoin de ressembler à Fort Knox.

Nous parlerons ici bien sûr des étambrais sur des canots de voile-aviron, le plus souvent sans haubans, ayant à tenir des mâts susceptibles d'avoir à être abattus pour passer sous un pont, et de se voir rangés aisément dans l'embarcation, soit pour  diminuer le fardage qui freine les rameurs, soit simplement pour tenir aisément sur la remorque entre deux lieux de navigation.
Histoire de bien savoir de quoi on cause, et pour éviter les quiproquos, référons nous à la synthèse wikipédienne des dictionnaires quant à l'étambrai. On note que le terme désigne deux choses différentes tout en étant liées:

extrait de Wikipedia

Étymologie
(1762) Sous la forme étambraie, de estambrais (1637 ; « ouverture pratiquée dans l’épaisseur du pont pour le passage d’un mât »), de estambroys (1541 ; « renfort servant à étayer un mât »), dérivé d’estambre, lui-même probablement issu de l’ancien nordique timbr (« bois de construction »).

Nom commun
nom masculin
Singulier :  étambrai   \e.tɑ̃.bʀɛ\
Pluriel : étambrais \e.tɑ̃.bʀɛ\

(Marine) Renfort en bois ou en tôle servant de soubassement à un appareil, ou destiné à étayer un mât ou d’autres accessoires.
ex : Les emplantures et étambrais sont en général des pièces métalliques.
(Par métonymie) Ouverture pratiquée dans le pont d’un bâtiment pour le passage des mâts, des cabestans ou d’autres appareils et accessoires.
ex : Ces Indiens […] accolent quelquefois deux à deux les pirogues, au moyen d’une traverse en bois, dans laquelle ils pratiquent un étambrai pour placer leur mât.


On se focalisera sur le dernier sens (en gras) obtenu par confusion de contigus, que l'on restreindra drastiquement en "Ouverture pratiquée dans le pont d’un bâtiment pour le passage des mâts".
Comme on est ici sur le site VAP, on ne parlera que des étambrais sur des canots de voile-aviron.

Quoique.
Sur un bateau nettement plus gros, un sinagot si la mémoire est bonne, à l'échouage en mai 2017 à côté de la cale de Port-Anna, sur le golfe du Morbihan, on distinguait  les deux formes d'étambrai sur cette coque à deux voiles, un simple trou dans le pont à l'avant et une échancrure dans un banc pour le mat arrière, fermable par une ferrure articulée.

Periwinkle deuxieme etambrai dans le bancMalgré ses qualités indéniables de simplicité et une efficacité certaine pour tenir le mât, l'étambrai fermé, autrement dit un trou dans le pont ou un banc quelconque, présente un défaut majeur que même les vapistes dont l'embarcation chérie est dotée d'un semblable dispositif ne contesteront pas : il faut soulever bien verticalement le mât au dessus du trou pour procéder au mâtage et son opposé. C'est délicat à ajuster pour le rentrer, éventuellement coincé quand on veut le sortir et parfois un peu lourd pour des bras fatigués, sans compter le roulis et le tangage.
Malheureusement quand le bateau est ponté, il s'avère malaisé d'intégrer un étambrai ouvert, et c'est probablement pour ça que des petits bateaux comme le Skellig ou le BeetleCat sont dotés d'un étambrai fermé, avec l'excuse d'un volume important sur l'avant. En revanche d'autres sont impardonnables de nous imposer cette contrainte à laquelle il serait souvent simple de remédier et c'est ainsi qu'un Goat Island Skiff de notre connaissance fut modifié aisément pour ouvrir l'étambrai.

 

Etambrai leectonAu vrai il n'y a guère qu'un avantage à l'étambrai ouvert, qui tient tout entier dans la facilité de dresser ou d'abattre le mât.
Il suffit de poser la base de l'espar sur son emplanture de quille (ou de sole) et de soulever graduellement le mât, autour de ce pied faisant pivot, jusqu'à ce qu'il repose dans l'échancrure du pont ou ce qui en tient lieu afin d'être coincé par un dispositif ad hoc.
Cette opératon devenue aisée peut se pratiquer même sur une mer clapoteuse, ce qu'on appréciera si, par inadvertance, le rocambeau a eu le curieuse idée d'élire domicile dans les hauteurs quand la vergue git encore dans le fond du bateau (que celui à qui ce n'est jamais arrivé nous jète la première pierre de lest!).

 

 

Img 20160804 184757Img 20160804 184814L'étambrai ouvert n'est à tout prendre qu'une échancrure dans une planche qui est ouverte vers la poupe.
La force vélique entraine un mouvement du mât vers l'avant du bateau, accessoirement sur les cotés mais pas vers l'arrière, ce qui facilite grandement la clé à trouver pour clore momentanément l'étambrai et maintenir le mât en position plus ou moins verticale selon les réglages.
Quelques exemples  glanés sur notre flotille et quelques autres sur Internet, prouve que des divers systèmes proposés, de la cale en bois qui va bien comme sur le Pirmil,  au bout' coincé par des cabillots, en passant par le demi-cercle métallique fermé par une goupille, aucun ne nécessite d'assistance électronique ni de liaison 4G.
Plus que c'est simple et plus mieux que c'est. Pardon! Plus c'est simple et mieux c'est. Toute une philosophie!

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