météo

Préparer sa sortie voile-avirons

 

TEXTE : Y G-G

Images : capture d'écrans

 

PRÉPARATION ​DE SORTIES

Une virée réussie repose sur une bonne combinaison d’itinéraire et de créneau de temps favorable :

  • On choisit un créneau de temps et un itinéraire pour lesquels les vents et les courants ont de bonnes chances d’être portants ou travers au moins pour le retour (ou la fin de parcours) … Tout en sachant qu’il faut s’attendre au pire quoi qu’il en soit.
  • Et pour parer à diverses difficultés qui pourraient surgir il faut prévoir des plans B, C etc.
  1. Première précaution : réfléchir à l’avance aux abris alternatifs accessibles.
  2. Deuxième précaution, mentale celle-ci : prendre toutes dispositions pour ne pas se sentir obligé de s’obstiner même quand les conditions deviennent limite voire plus.
    ​Par exemple : ne pas se donner d’obligation pour l’arrivée, telle que rendez-vous, départ d’un train etc. Ou alors prévenir qu’on devra peut-être jouer les lâcheurs (emporter son téléphone chargé !).

 

1– ASPECT MARÉE

Pour ceux qui naviguent en Atlantique ou en Manche, plus généralement partout où il y a un fort marnage, il faut en tenir compte pour 2 raisons :

  • les courants d’une part

    Normalement les rédacteurs des fiches d’itinéraires ou de zones donnent les infos utiles sur les courants de la zone parcourue. Sinon se reporter aux indications des cartes marines.

  • les hauteurs d’eau d’autre part
    Il faut les connaître à l’avance non seulement pour ne pas s’échouer en cours de route, mais aussi pour estimer les créneaux horaires pendant lesquels les cales qu’on va utiliser seront abordables.
    Chaque cale a ses particularités dont il faut tenir compte.
    ​> Prenons la cale de Fouras Port Sud, elle n’est utilisable pour un canot de voile-aviron que si la hauteur d’eau dépasse la cote 5,30 m, ce qui ne se produit jamais quand le coefficient est faible.
         Exemple : PM de 4,85 m le 18 octobre 2018 (coefficient 30) et 6,28 m le 26 octobre (coefficient 96)

Le site http://maree.info donne les courbes de marées pour des centaines de ports en France.

 

Remarque
Mareeinfo

Les fiches relatives aux cales, même sur ce site de VAP, indiquent rarement la hauteur d'eau nécessaire pour accoster.

À la cale de l'école de voile de La Flotte-en-Ré, l'eau affleure la rampe quand la marée est à 4m.

 

 

Plus la mer est haute plus la houle éventuelle pourra se faire sentir sur les cales et rendre les manœuvres difficiles.

Rappelons que la houle est une ondulation longue, qui vient de loin (d’une zone où le vent a soufflé fort), et qui arrive atténuée sur nos côtes. Malgré sa faible hauteur la houle génère des rouleaux sur les plages et des mouvements d’eau gênants sur les cales

Le site http://marine.meteoconsult.fr/meteo-marine/meteo-abords-du-port donne, en les distinguant, les hauteurs de la houle et les hauteurs des vagues de la mer du vent local.

 

2- ASPECT MÉTÉO

Être assuré de bénéficier de vents maniables et si possible favorables, c’est bien. Éviter les contextes de « vent contre courant » trop conflictuels (clapot trop fort), c’est bien aussi.

Alors bien sûr tout le monde sait qu’il faut regarder la météo avant de partir. Mais quelle météo ? Et après, qu’est-ce qu’on en fait ???

L’important est la fiabilité de la prévision pour le projet qu’on a en tête. Sans se faire d’illusions : il faudra peut-être changer le projet en cours de déroulement.

Plusieurs sites météo se complètent utilement :

  • Windguru (1), météoconsult (2) et météociel (3) donnent une bonne visualisation de l’évolution du vent dans le temps.
  • La météo des plages de Météofrance (4) a de bonnes chances de bien représenter l’apparition des brises thermiques
(1) https://www.windguru.cz 
Ce site s’ouvre sur un tableau de prévisions temporelles. Pour avoir une cartographie des prévisions il faut cliquer sur une case quelconque de force de vent
(2) http://marine.meteoconsult.fr/meteo-marine/meteo-abords-du-port

(3) http://www.meteociel.fr/modeles

(4) http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-plages

 

Les cartes interactives de Windguru et de Métociel donnent des indications précieuses sur les différences spatiales des vents. Si les vents prévus pour « la zone à côté » sont différents de ceux prévus pour le parcours envisagé, ils pourraient bien être finalement ceux de notre coin.

On trouve de bons indices sur la fiabilité des prévisions en regardant les différences spatiales et temporelles.

Explications :

  • Si le tableau temporel Windguru et la carte évolutive de Météociel annoncent des vents constants, et si les cartes des même sites montrent que « notre »vent sera celui de toute une vaste zone alentour, alors il y a de bonnes chances que ça se vérifie (sauf brises thermiques pas toujours bien représentées sur ces sites ; voir bientôt rubrique spéciale brises thermiques sur ce blog).
  • Inversement, si le vent est annoncé comme très variable dans l’espace et/ou le temps, méfiance ! il est prudent de prévoir des variantes et des solutions de secours à son projet !

Exemples illustrés 

Exemples de prévisions de vents par Windguru :

vents La Rochelle 1

Sur la carte ci-dessus de prévision centrée sur La Rochelle les vents vont dans tous les sens. Il suffit que la trajectoire d’un petit phénomène se décale un peu pour que le vent réel soit très différent de la prévision.

 

vents la rochelle 2

Sur cette deuxième image on voit que La Rochelle est au milieu d’une assez large zone de vents prévus de nord. 
La probabilité qu’ils soient effectivement du nord est élevée.

Vents fiables ou non

Sur le tableau de prévisions ci-dessus, il y a des périodes où le vent a une direction constante (ex : le vendredi)
En revanche il y en a d’autres où la direction change vite (ex : le jeudi). 
La prévision par tranches horaires est donc plus fiable pour vendredi que pour jeudi. 

 

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Il y a rafale et rafales

Manche à air

 

Il y a rafales et rafales par Yves GG

Lorsque la météo nous annonce des rafales nettement supérieures au vent moyen, cela peut parler de formes de surventes très différentes, qui ne font pas appel au même type de réaction du skipper ou du barreur. Voici ce qui me semble représenter les 2 types principaux :

1- La rafale brève et soudaine.

Fréquente par vents de terre, elle se produit aussi dans d'autres régimes de vent. Elle dure en général moins d'une minute, arrive parfois comme une claque, mais elle est annoncée par une zone dont la surface de l'eau a un aspect ridé, comme passée à la rape.
Cette zone se déplace beaucoup moins vite que le vent qui la surmonte. Elle se produit même, et souvent, sans aucun nuage qui puisse lui être associé. Sa dimension spatiale est d'ailleurs souvent bien plus petite que les cumulus éventuellement présents.
La réaction, c'est lofer et/ou choquer les écoutes pendant un court laps de temps (et en profiter pour gagner au vent si on est en louvoyage). Dans ce type de temps il est prudent d'avoir l'écoute en main, ou de la bloquer avec un nœud largable instanément (le « nœud d'écoute » n'a pas été inventé pour rien), ou avec un coinceur tout aussi largable en urgence.

2- La survente de grains

Beaucoup plus longue, de l'ordre du quart d'heure, elle est aussi moins brutale. Mais le renforcement du vent peut être aussi important, et surtout la mer se renforce elle aussi pendant ces passages.
Ce renforcement de la mer est d'ailleurs surprenant dans la mesure où les nuages sous lesquels, ou autour desquels, se produisent ces surventes semblent souvent ne pas avoir une dimension suffisante pour produire un fetch tel qu'il expliquerait de telles vagues.
Mais le fait est là : il ne suffit pas de choquer l'écoute. On peut non seulement être amené à réduire la toile, mais surtout il faut surveiller les lames pour faire face éventuellement (en lofant) à celles qui menacent de déferler et de s'écrouler dans le bateau. Si la météo a annoncé un vent de X noeuds toute la journée, venant du large, et « complété » par des rafales, c'est souvent de telles surventes de grains dont il s'agira (qu'il pleuve ou non).
Quand on prend ça sur la tronche et qu'on se retrouve dans la grisaille, on peut se demander s'il s'agit d'une dégradation imprévue et durable du temps. Mais le plus souvent, une fois le train de nuages passés, ça revient à la situation antérieure ou presque.

3. ma conclusion

Voici la conclusion que j'en tire, et que je soumets à votre réflexion et à votre expérience : pour savoir de quoi il retourne, et décider la conduite à tenir, il est utile d'observer les arrivées de tels trains de nuages. S'agit-il d'une masse limitée suivie d'un ciel plus clair ? Son passage devrait alors durer entre 5 à 20 minutes et sera suivi d'un apaisement. Ou s'agit-il d'une masse sans limite visible au loin, qui rendra tout le ciel merdique, et la mer avec ? Pour ce cas, il est utile d'avoir en tête les refuges accessibles.

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Encore heureux qu'il ait fait beau ( 18 octobre 2014 )

20102014 passpartoo  et gros pétrolier

Les météos avaient claironné partout un été indien, et pour combler l’amateur, les marines avait promis un vent établi de force 4 et des rafales de 20 à 23 noeuds, si bien qu’un mel diffusé dans la soirée du vendredi à tout VAPiste avait lancé la chose : « Navigation demain. Demain Zigoteau et Pass’partoo prévoient une mise à l’eau à la cale de la pointe du Chay à Angoulins vers 12h30, bienvenue aux amateurs. » Un lève-­tôt (Petrus) avait répondu dès 7h 19mn : « Muddy sera mis à l’eau de Port Neuf avec Isabelle MC et Nathalie D, je ferai le mousse !

2014/10/20 beau merle
image : Beau Merle Le voile-Aviron de Daniel

Nous rejoindrons les autres en prenant plein sud. Qui d’autre ? ». Deux heures plus tard Beau­ Merle se rallie : « bonjour, je suppose que ‘navigation demain’ c’est navigation aujourd’hui samedi. A quelle heure la mise à l’eau à Port­Neuf? » On s’entend par téléphone sur la nécessité de faire plus vite que rapidement. Il n’était pas onze heures, ce 18 octobre 2014, que Beau ­Merle se présente, en même temps que Petrus, aux plots rétractables qui bouchent l’entrée de la cale de Port­Neuf. Quelque peu facétieux, ceux­-ci demeurent coincés en position haute, malgré les manœuvres autorisées et les inavouables pour les faire s’abaisser.

Sur ces entre­faits, la petite Gazelle des sables, Passe­partoo, arrive en renfort, ayant été lâchement abandonnée par le Zigoto resté dans les terres lointaines. En attendant l’arrivée de l’électricien de garde aux services techniques de la ville, on devise avec d’autres infortunés, tandis que les dames, arrivées tôt, se livrent à l’antique corvée d’eau, s’évertuant à rejeter de la bonne eau de pluie hors du corps creux de Muddy. Ce Nantucket cat­boat étant un plan américain ancien, on suppose que l’invention du nable n’avait pas encore franchi l’Atlantique.

Du côté de la porte, on commençait à revoir à la baisse le programme de navigation. Arrive le préposé d’astreinte qui de sa carte magique fait que les bornes se rétractent illico. Aussitôt Passe-Partoo se met à l’eau, remplissant allègrement son ballast par le nable approprié, tandis que Beau­Merle quittant sa remorque va s’amarrer au quai. Il est, lui (c’est un bateau moderne), bien équipé d’un nable de vidange, mais qui ne respecte pas le sens unique et a une fâcheuse tendance à suinter aussi vers l’intérieur, il s’ensuit qu’il faut là aussi se livrer au jeux de l’éponge en attendant Muddy qui se fait désirer.

On en est encore à aller déjeuner du côté d’Aytré, départ au près retour au portant. Quand Muddy est enfin à l’eau, commence le délicat travail de le gréer. Pensez, il y a au­moins deux drisses qui ne font que s’emmêler et deux haubans qui gênent l’ouvrage. En s’y mettant à cinq, on finit par le rendre présentable.

Pendant ce temps, la marée étant de petit coefficient, la mer n’avait qu’à peine recouvert quelques traitres cailloux, mais l’horloge n’avait pas perdu de temps et il commençait à être un peu tard pour le programme annoncé. Conférence au sommet : on décide de faire route au portant vers l’Ile de Ré, de passer sous le pont et de déjeuner à Rivedoux, on aura tout l’après midi pour revenir. Comme Muddy risque d’aller trop vite, on convient d’attendre Passe­Partoo. Prudente, la petite Gazelle des Sables part la première, juste avec sa grand­voile et le foc, force 4 et rafales à plus de 20 noeuds annoncés obligent. Sur Beau­Merle et Muddy, on prend un ris de précaution. Muddy s’élance ! Pas loin. Le vent promis tardant à venir, le flux est le plus fort et entraine le Nantucket sur les hauts fonds d’où il peine à se dégager. Beau­Merle vient en renfort à coup d’avirons et quand on parvient enfin à se déhaler, la petite gazelle a tant tracé la route qu’on ne la rattrapera jamais. On avance péniblement dans un vent atone. On se décide à larguer les ris ; trop tard, même toute voile dehors (une chacun) les deux bateaux qui devaient attendre Passe­Partoo sont enclins au farniente. Il n’est même plus question de passer le pont. Joint par téléphone, Jean-Michel M de Passe­partoo nous informe qu’il a déjeuné à flot. On le prie de revenir vers le reste de la flottille où l’on va aussi pique­niquer à bord.

Muddy, le Beetle Cat de l'association VAP
image : Muddy le Nantucket de l’association

 

Cette partie du programme se déroule plaisamment sur une mer calme, un vent léthargique et un soleil bienveillant. On flâne, on prend des photos, on se baigne. La monotonie est juste rompue par le passage d’un long cargo qui développe quatre méchantes vagues déferlantes très rapprochées, heureusement d’une hauteur mesurée, que Passe­Partoo, le plus près du navire marchand, supporte sans broncher grâce au dessin de sa voûte en cul pointu qui a sauvé tant de marins olonnois lors de l’ouragan du 19/20 septembre 1930, embarqués sur les Gazelles originelles.

Finalement on met le cap sur Port­ Neuf. Le vent est juste suffisant pour que les bateaux soient manœuvrables, mais la Gazelle, malgré le renfort d’un flèche et d’un clin­foc, un peu plus au large, peine à remonter le courant, et se fait prendre en remorque par un pêche­promenade à moteur, pour pouvoir repartir dans l’intérieur des terres dans un délai raisonnable. Muddy et Beau­Merle se laissent porter par le léger souffle d'air, comme les centaines d’autres embarcations qui étaient de sortie devant La Rochelle. Canots, catamarans et course­croisière de tout poil, chacun suivait le même  train de sénateur. Nous avons ainsi éprouvé au milieu de toutes ces voiles qui tentaient de rentrer, un intéressant concept : le « naviguer autrement comme tout le monde ». Pour être tout à fait juste, certains voiliers allaient plus vite que les autres, voiles fermement bordées dans l’axe du bateau pour ne pas gêner l’action du moteur. Peut­-être un train à prendre avant 18h ?

Quelque obscur problème vestimentaire a retardé quelques instants Muddy ; Beau­Merle en profite pour s’éloigner afin d’arriver avant la trop grande marée basse, et éviter d’aborder aux Minimes quand voitures et remorques sont à Port ­Neuf. Mission accomplie dans les délais, le bateau est remis sur sa remorque avant que les roues tractrices de la voiture soient sur la partie glissante de la cale. On guette Muddy, le voilà ! il double le musoir de la digue, moteur auxiliaire à fond (la godille je veux dire) pour aborder de justesse sur un filet d’eau. Mais le pilote connait son terrain, il existe au ras du quai une bande qu’épargne les algues glissantes. Voila bientôt Muddy hors de la vase et profitant d’une douche réparatrice. Passe­Partoo est reparti depuis longtemps dans son van.

 

Petit debriefing autour d’un verre. Chacun en convient, il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu un tel plantage de la météo.

Encore heureux qu’il ait fait beau
et que pour fair' dans l’eau des ronds,
on ait de fort jolis bateaux,
la poupe ornée d’un aviron.

Danilus

Image de titre : Passepartoo , la petite gazelle des sables, devant un pétrolier à La Pallice

Elle est pas belle, la vie?

L'ingénue le voile-aviron parasolVoici l'image buccolique d'un homme qui sait que le plaisir d'être sur l'eau ne vaut que si rien ne vient le troubler. Les esprits facheux disent qu'il ne faut jamais partir sans son ciré. Les nouvelles générations ne partent pas sur l'eau sans avoir le réflexe préventif et la médicale attention de se oindre de crème solaire. Finalement, cette photo nous rappelle que nous vivons une drôle d'époque où de simples pragmatiques sont vus comme des poètes !