Tire-bouchon

mouillage tire-bouchon

texte : Yves G.G

images : Vap

 

J’ai bivouaqué récemment sur une plage proche d’un lieu de mouillage sur fond de sable en pente marquée, où les courants sont vifs.

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La principale contrainte venait de la marée à cette date :

  • j’arrivais le soir à basse mer,
  • et je devais repartir de même à basse mer le lendemain.
  • Je devais donc mouiller long pour que le mouillage ne dérape pas pendant la pleine mer de la nuit.

Mais du coup comment empêcher que mon canot ne « profite » de la pleine mer de la nuit pour s’échouer trop haut sur la grève et m’empêche de repartir à la basse mer du matin ?

 

Je devais donc

  1. placer mon ancre à bonne distance de la grève à basse mer.
  2. pouvoir récupérer mon canot à la basse mer suivante, alors qu’il y avait de bonnes chances qu’il se dandine alors fort loin du bord.

 

Recup mouillage

 

Ancre tirebouchonPour le 1, facile, j’ai mouillé à une distance telle que la longueur de mouillage requise ne permette pas au canot de s’échouer. Puis je suis revenu jusqu’à la plage à la godille en laissant filer cette longueur de mouillage. Je pouvais donc débarquer dans peu d’eau, et ainsi garder mes vêtements secs.

 

Pour le 2, j’avais tourné une ligne fine et solide sur le diamant de l’ancre, bien plus longue que le mouillage, et je l’ai laissée filer de même en revenant débarquer.

 

Test de tractionUne fois sur le sable j’ai continué à dérouler cette ligne, et je l’ai tournée sur un « piquet-tire-bouchon » que j’ai enfoncé dans le sable nettement au dessus du niveau de la basse mer. J’ai pris la précaution de lui donner un mou suffisant pour qu’elle ne risque pas de se tendre après un éventuel petit mouvement de mon ancre lorsque le canot commencerait à tirer dessus.

 

Le lendemain j’ai récupéré cette ligne au niveau du tire-bouchon et je l’ai tirée pour décrocher le mouillage. En continuant à tirer j’ai ramené le canot jusqu’au bord.

 

L’avantage du piquet-tire-bouchon c’est qu’il prend bien moins de poids et de place à bord qu’une ancre. Il n’a d’ailleurs pas à résister à une traction aussi forte que celle qu’exerce le canot sur le mouillage

 

 

 

Piquet tire-bouchon https://www.truffaut.com/produit/tire-bouchon/36966/25267

 

Séquence tire-bouchon.

Qui ne s'est pas trouvé prêt aux meilleures agapes, à terre ou sur un canot en attendant la marée, le pâté dégoupillé et le pain prêt à s'en prendre plein la tranche, quand quelqu'un s'écrit "Qui a le tire-bouchon?"

Au lieu de laisser la grise mine remplacer la rougeur du coup de soleil, laisser se dégrader l'ambiance du groupe par des reproches croisés, et le moral descendre en tobogan, apprenez maintenant le geste qui sauve.

Il ne s'agit de rien de moins que remplacer l'oublié tire-bouchon en queue de cochon par une simple lame de couteau, suffisamment étroite pour pouvoir s'insérer dans le goulot d'une bouteille. Vérifiez bien ce point avant de vous laisser séduire par un objet coupant "outdoor" quelconque totalement inadapté à cet ouvrage crucial, malgré d'éventuelles qualités par ailleurs.

Lame tirebouchon

 

Il est prudent d'utiliser un couteau à lame fixe ou doté d'un système de sécurité sérieux, genre cran d'arrêt ou virole, afin d'éviter que le couteau se referme sur vos doigts auxquels vous avez probablement la faiblesse de tenir. L'outil type est l'Opinel à virole n°8, bien affuté.

Repérez le sens des fibres du liège et incisez fermement en plantant la lame verticalement dans la bouchon ; il s'agit de couper la matière grace à un léger mouvement alternatif d'avant en arrière de la lame pour faciliter la coupure et la pénétration. Quand la lame est entrée d'environ la moitié de la longueur du bouchon, et que le liège est coupé jusqu'à un bord du goulot, retirez là, infligez une rotation d'un demi tour à la bouteille pour recommencer l'opération de l'autre côté pour parfaire la fente. Cette rotation n'est nécessaire que pour les lames qui ne sont coupantes que d'un seul bord, mais reconnaissons qu'elles sont la majorité.
Quand tout le diamètre est correctement fendu, on peut commencer l'opération extraction! La lame toujours enfoncée dans le bouchon, la bouteille fermement tenue par une de vos mains puissantes, le manche du couteau pareillement entouré de votre autre main puissante, commencez à tourner le couteau dans la plaie. Miracle, le bouchon initie son élévation, comme s'il y avait un pas de vis.
Quand un morceau substanciel du bouchon est visible hors du goulot, enserrez de votre main la plus habile bouchon et couteau et continuez la rotation jusqu'à l'audition attendue du bruit d'une bouteille qu'on débouche!

La video qui suit montre cette phase finale. Notez comme le petit doigt que n'ont négligé ni les pianistes ni les dactylos oeuvrant jadis sur des machines mécaniques, tient fortement le bouchon tandis que l'index fait de même sur le manche du couteau, tandis que le majeur et l'annulaire font semblant de tenir la lame mais en réalité sont juste attentifs à ne pas la toucher.

 

La méthode ici enseignée par l'exemple par un éminent professeur, a  été testée immédiatement par un jeune marin à la satisfaction de tous les convives.