Voile au tiers : peaufiner les ris.

On se reportera à ce billet précédent pour se remettre au parfum de la prise de ris semi-automatique sur une voile au tiers bômée.

Supprimer les poulies

Sur Amzer Zo, le canot breton super-optimisé de Patrick, le dispositif relaté dans le billet précédent indisposait notre compagnon perfectionniste : premièrement pour l'efficacité, deuxièmement pour l'esthétique. Figurez-vous que la bôme avait tendance à tourner sous la tension de la bosse prise dans une poulie latérale, et que ça faisait désordre!

Cosses de ris

La solution allie l'élégance à la simplicité : un bout'  muni d'une boucle autour d'une cosse et épissuré, traverse la bôme et est bloqué par un noeud. La bosse de ris tire dans l'axe de la bôme qui ne se tortille plus. Voila pour le joli et les radins seront heureux d'économiser le prix de quatre poulies (deux pour chacun des deux ris et si deux et deux font quatre). De plus, ça fonctionne bien.

Mais le principal défaut du système précédent venait du doublage de la bosse. On se souvient que la bosse de ris était fixée sur la bôme, montait vers l'oeil de ris, redescendait vers la poulie (latérale!) avant d'aller se coincer dans le sifflet ad hoc. Mais la voile, malmenée entre la bosse et l'espar, ragait exagéremment. Comme l'avantage fourni par ce système de palan était en partie perdu par le frottement du bout dans l'oeil de la voile, s'en priver gênait peu et supprimait l'usure de la toile. Dorénavant la bosse est fixée directement dans l'oeil de ris, descend vers la boucle-cossée pour aller le long de la bôme vers le taquet coinceur.

Vous aurez remarqué qu'on gagne ainsi un bout' égal à une hauteur de ris : on s'en sert pour faire la boucle sus-nommée, tant pis pour le shipchandler.

Le demi-ris 

Patrick préfère dorénavant tirer d'abord sur la bosse arrière pour étarquer au point d'écoute, puis s'occuper du point d'amure.

Mais si on n'y touche pas à ce point d'amure?

Et bien on a pris un demi-ris.

Les régatiers jouaient parfois avec un "ris de fond" qui était le pendant du Cunningham ; ce demi-ris pris aisément en touchant ni à la drisse, ni au hale-bas de la voile au tiers, relève de la même technique que cette astuce de coureur qui étarquait sans sortir des limites de la jauge. Même si on se fiche de la jauge et de ses juges, ça peut servir quand on hésite à mettre en panne pour réduire la voilure, quand toute la toile c'est trop et avec un ris peut-être pas assez. En fait prendre ce demi-ris présente non seulement l'avantage de diminuer la voilure sans modifier ses autres réglages, mais surtout d'aplatir une voile un peu creuse pour le temps ; justement le principe et le but du ris de fond.

Cerise sur le gateau, il n'y a rien à rajouter au système de prise de ris semi-automatique sur voile au tiers bômée ; pour prendre ce "ris de fond" il suffit de faire moins que la moititié de la manoeuvre d'un ris complet. Peu d'effort, joli résultat.

Demi ris  ou ris de fond

Sur cette voile équipée d'une garcette continue transfilée ( voir la page antérieure) , le ferlage du demi-ris est assuré par une tension partielle de cette ficelle qui se tend par le milieu. Simple et élégant.

En réalité ce n'était pas calculé du tout, c'est juste un hasard qui a bien fait les choses.

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