Voile au tiers sans bôme

Texte : Pierre Gasté

Photos : VAP

Comment régler une voile au tiers sans bôme?

Pirmil et Scaffie sont deux bateaux

image ; un Scafie et un Pirmil sans bômes.

Bon sang de bois ! “Qu'est-ce que c'est que ce rapiamus” aurait dit ma grand-mère du Pays de Retz en voyant cette drôle de voile carrée!  C'est en substance ce que je me suis dit la première fois que j'ai hissé la grand-voile au tiers de mon canot voile-aviron, un Pirmil.
À part quelques vagues conseils donnés par le fabricant, pas grandes indications ne m'ont été fournies et en feuilletant les pages de l'Internet, rien n'est venu compléter mon information sur les voiles au tiers. Je ne me positionne pas comme un expert, loin s'en faut, mais bien comme un pratiquant qui commence à avoir de l’expérience. Dans ce post, je vais vous narrer quelques petits trucs et astuces que j'ai glané au fur et à mesure de mes 15 années passées à naviguer à bord de Doody, mon voilaviron de 4 m 80.

 

Tout d'abord sachez que la bête aime respirer!  En clair, il ne faut pas trop la border et lui laisser en moyenne 10 à 15 degrés d'ouverture de plus qu'une voile traditionnelle bômée. Ces quelques conseils sont valables pour les voiles au tiers non bômées.

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image : un deuxième Pirmil

Mais avant de parler des différentes allures, il me semble important de préciser que la voile au tiers doit être très étarquée avec justesse pour éviter le mauvais pli dans la voile. Par petit temps, il conviendra de souquer un peu moins pour gagner en puissance et en souplesse. A contrario, dès que les 10 Nds sont annoncés n'hésitez pas à étarquer au maximum pour rigidifier la toile. Un petit palan est bien pratique, d’autant que si vous lui laissez une bonne longueur de bout, vous pourrez baisser votre vergue au passage des ponts sans devoir affaler (la classe!).

 

A propos de rigidité, je vous conseille de trouver le bon réglage de votre point d’écoute. En effet, au près la voile sera d’autant plus efficiente qu’elle sera plate. Là encore, c’est à vous d’expérimenter selon votre bateau. La limite entre souplesse et rigidité est fixée à 10 Nds de vent.


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Image ; encore un Pirmil!

Et le portant me direz vous ? Ben y a pas de bôme donc on fait comme on peut ! Certain ajoutent un aviron en guise de bôme pour les longs bords, moi j’aime bien la gaffe prise dans le point d’écoute pour rigidifier et maintenue au pied dans une position relaxe. Le top reste de faire un gui avec un bambou, mais là on perd l’esprit de la voile au tiers libre et en cas d'empannage non souhaité vous risquez le coup de bôme.


 

Je tiens à attirer votre attention sur un point qui peut être dangereux ; je l’appelle le capuchonnage. Je m’explique : sans bôme, votre voile peut faire le tour du mat lorsque vous larguer l’écoute de GV. Ce faisant, la vergue située en tête de mât va venir coincer la drisse de GV.
Vous vous retrouvez alors dans une situation où il est impossible d’affaler ce qui peut très rapidement vous mettre en danger. Il faut alors faire repasser la vergue en tournant la voile autour du mât. Cette manoeuvre est quasi impossible par fort vent. Dans ce cas faites virer le canot sur lui même à la godille, à l’aviron ou avec un propulseur.


Pirmil voile aviron
image : Doody devant les tours de La Rochelle

La prise de ris avec une voile au tiers reste un exercice intéressant car il n’existe pas de système de prise rapide. Il conviendra donc de bien maîtriser l’affalage car tout se fait voile basse sur le pont. Cette technique permet d’agir par fort vent. Cela perd un peu de temps et vos amis avec des gréement aurique vous ferons sans doute la nique ;-(


Pirmilavecunris
image : Doody, un ris dans la grand-voile

 

Girafage 1Une fois maîtrisé les techniques de base, vous aurez à coeur de profiter du confort de la voile au tiers non bômée ; par exemple lors d’une pause au mouillage. La encore, il existe un truc bien pratique : le girafage de la voile. Cette manoeuvre consiste à ramener la voile contre la vergue comme le montre la photo jointe. Pour ce faire, vous devez amarrer judicieusement un bout entre la vergue et la chute de la voile avec un aller retour qui se termine dans de deuxième oeillet de votre ligne de ris. Vous avez alors la possibilité de carguer votre voile libérant ainsi tout le cockpit. C’est aussi une manoeuvre très pratique pour prendre un coffre à la voile car vous libérez le pont, réduisez votre voilure et donc arrêtez presque le canot. Un coup de godille et vous pouvez prendre le coffre même avec un peu de courant.  

   

image : girafage
 

Bref vous l’aurez compris, apprivoiser un gréement au tiers prend un peu de temps surtout quand on est seul à bord. Pour gagner du temps, vous pouvez aussi prendre exemple sur les autres marins en vous mesurant dans de belle ballade dans nos Pertuis ou sur d’autres plans d’eau. Pour ça rien de plus simple, cliquez ICI.


 

Pour conclure, je vous livre enfin mon truc ultime, la beauté ! Oui, le meilleur réglage est celui qui offre le plus bel équilibre, faite confiance à vos sensations de barre et laissez le canot vous guider. Recherchez la performance, celle de l’osmose avec votre voile-aviron, il n’attend que vous ;-)

 

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