L'OEIL DE LA MER : navigation au pays basque

Zokoa

Itsas-begia, l’œil de la mer en langue basque, est une association qui œuvre pour la mémoire maritime basque. Cette association organise tous les deux ans, sauf quand ça n’a pas lieu, une navigation autour de Socoa pour les voile-avirons et bateaux traditionnels.
Beau-Merle, construit sur les bords de l’Adour, est allé se mêler à ces festivités maritimes dites Zokoa 2015 (le Z se prononce S dans l’idiome local), à l’occasion de la Pentecôte. Disons-le sans ambages, le temps aurait pu être pire, certes, il aurait pu pleuvoir à verses, mais on aurait quand même aimé un peu plus de chaleur. Heureusement celle de l’accueil ne fit pas défaut, comme on s’en doutait, et au final, nous passâmes un agréable moment.

PREMIÈRE JOURNÉE

Pourtant, ça avait commencé en demi-teinte, la navigation jusqu’à Hendaye le samedi ayant du être annulée du fait d’une houle limite pour nos petits bateaux. Sagement les organisateurs avaient remplacé la navigation côtière par des régates très bon-enfant, autour de trois bouées dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, avec départs anarchiques, sans enjeux, ni classements, ni récompenses et bien sûr pas de formulaires de réclamations. Beau-Merle pouvait ainsi comparer sa voile au tiers avec le gréement de sloup houari d’un autre exemplaire de Kanoteko+, Hegoak, premier de la série, et comme on le supposait, la version houari, avec 2m² de plus sous forme de foc, s’est avérée légèrement plus rapide au près.
Une sortie de la baie dans la soirée a confirmé qu’il aurait été bien imprudent de s’engager plus au large ce jour là sur nos coques de noix joliment secouées.

DEUXIÈME JOURNÉE

Le lendemain, le programme a pu être respecté, la houle ayant quelque peu décru, et toute la flotille a su faire une entrée remarquée dans le simili port de Guéthary, celui-ci n’étant à tout prendre qu’une cale fortement inclinée sur laquelle les barques sont hissées à l’aide d’un treuil, ce qui suppose d’épaisses bandes molles pour résister à cet usage. L’approche du port s’effectue entre une ligne de brisants à tribord et les vagues déferlantes prisées des surfeurs sur babord. Après avoir descendu trois belles vagues, il faut vite affaler la voilure pour terminer à l’aviron. Il devait y avoir 11 ou 12 nœuds de vent, ce qui rendait l’exercice plaisant, mais le jeu doit vite devenir acrobatique avec une brise plus jolie et une mer à l’avenant. La sortie du port se fait également à l’aviron, et il convient de sérieusement s’éloigner pour sereinement hisser la voilure, le risque de dériver vers des fonds incléments s’imposant rapidement à la conscience, même au plus novice des navigateurs dans ces contrées. Le retour vers Socoa se fit au près dans une houle plus haute que nos coques de bateaux, mais finalement, à part le léger déventement dans les creux, ce fut assez facile à négocier et moins chahutant qu’un clapot court deux fois moins élevé.
Ça valait mieux, car la sécurité aurait eu fort à faire, les consignes de naviguer groupés étant largement tombées dans les oreilles de sourds. Le préposé au bateau motorisé, ancien moniteur du centre de formation de l’UCPA, ne pouvant que constater qu’une armada de voile-avirons est plus difficile à tenir qu’une kyrielle d’Optimists, et que la bonne partie des participants ayant passer l’age de s’accrocher au trapèze se montre plus indisciplinée que de jeunes impétrants moniteurs. De surcroît, la grosse chaloupe du patrimoine naviguant qui devait assurer le sauvetage et le remorquage d’éventuels petits bateaux en difficulté, n’aurait pas été d’un grand secours, s’étant emmêlé la ligne de mouillage dans l’hélice. Mais la SNSM veillait au grain et tout rentra dans l’ordre.

TROISIÈME JOURNÉE

Beau merle sur la Nivelle 2015

Le lendemain fut plus calme, on naviguait sur la Nivelle, du port de Ciboure jusqu’à Ascain, et retour partiel avec le reflux pour trouver une cale accessible avant la marée basse, afin de sortir les bateaux et repartir chez soi. Certains avaient pris l’option tout à l’aviron, quant à Beau-Merle, il a pu quasiment assurer l’aller à la voile, dans un souffle d’air pour accompagner la marée montante, mais l’équipage inattentif a pourtant failli se retrouver à l’eau sur une modeste risée et un clapot d’enfer d’au moins cinq centimètres de haut. On se contenta d’embarquer quelques litres et d’échapper au ridicule.

LA FLOTILLE

Côté bateau, Itsas-begia avait sorti deux fleurons de son patrimoine naviguant pour ces trois jours, outre la chaloupe baleinière Brokoa gréée de deux voiles à livarde, Doga-Dohibane une « petite » chaloupe capable de remonter la Nivelle à la rame, qu’accompagnait une pinasse landaise venue du Vieux-Boucau, la Sauvagine aussi rapide à l’aviron qu’à la voile aux allures portantes.
Dans un registre plus modeste, on notait inévitablement trois plans Vivier, un Youkou-Lili et un Morbic 12 qui disputait le prix du bois verni avec un Ilur construit à petite lattes par un Béarnais natif de Marans ; on admirait de même un monotype d’Arcachon qui tenait fièrement son rôle de doyen encore vert ; une Caravelle pimpante au couleurs d’une marinière d’époque, menée en solitaire juste sous grand voile, qui se laissait distancer par pas grand monde ; un Skerry poids plume d’inspiration scandinave ; un batel basque venu d’Espagne avec une curieuse vergue intermédiaire entre celle d’une voile au tiers et celle d’une voile latine ; et toute une trilochée de plans Saint-Arroman comme il se doit dans la région : couralin habitable, Baléa, Kanoteko, Kanoteko+, Batel traditionnel construit en bois moderne et diverses plates dont on retiendra l’incroyable Beroï. Ce Galipot de 3,80m de long, sorte de grosse annexe munie de roulettes sous le tableau arrière, est gréé d’une voile au tiers de plus de 8 m² et se montre stable à la voile, plus véloce que le Morbic 12 de même longueur, même dans la houle (l’architecte prétend cependant que le clapot n’est pas son fort), très honorable à l’aviron et aisément manipulable à terre du fait d’un poids modeste et des roulettes incorporées.

TOUT A UNE FAIM

Pour finir, on prendra garde de ne pas oublier de souligner l’impeccable logistique de la cantine. Ici on ne badine pas avec le pique-nique. Pour preuve les planchas qui étaient déjà sur place au port de Guéthary pour nous fournir des sandwichs chauds garnis de ventrèche ou de lombes de porc (après le pâté évidemment). Sangria et vin à volonté comme il se doit, le plus difficile restant de trouver une bouteille d’eau. Quant aux repas du soir, il fut ardu de tout digérer dans les délais pour repartir le lendemain.
J’ai dit, je crois, du bien de la chaleur de l’accueil, mais comme c’est trop peu dire, je dirai même plus, tout ça vous laisse un petit goût de revenez-y.

Danilus

Voir les photos de Michel L