Pirmil chaviré!

Let'er Buck fait le vilain dans la Vilaine

Texte et photos Philippe et Françoise Lucas

Retour d’expérience, analyse du chavirage et du redressement de notre Pirmil

Contexte :

Navigation en Vilaine le 26 Août 2020 avec Jean-Michel et Marie-Annick C., sur leur Bayraider « Fleur d’Orient ». Sur Let’er Buck, Philippe et Françoise. Mise à l’eau à la cale de Marzan en fin de matinée. Vent d’ouest, annoncé force 3 à 4 (12 à 15 noeuds), rafales 5 voire 6 (18 à 22 nœuds). On décide de partir au moteur direction ouest vers le barrage d’Arzal pour aller pique niquer dans un petit étier sur la rive droite en face du hameau de l’Isle (~PK 127). On en repart vers 15h, toujours au moteur et peu de temps après, le vent semblant faiblir un peu, on décide de mettre la voile. Let’er Buck est gréé en catboat, avec un ris dans la grand voile.

Pirmil a l enversLa navigation et le chavirage :

On avance avec un vent arrière à 3/4 arrière avec changements de bords sous empannage. La dérive est partiellement baissée, on marche bien …. Une première rafale sur babord aurait dû m’alerter (écoute choquée, ça passe). Un peu plus tard, nous sommes sur l’autre bord et une rafale par tribord couche le bateau très vite et, malgré l’écoute larguée, celui-ci se retourne complètement. Nous sommes à l’eau, gilets de survie gonflés.

 

Le redressement :

Françoise est au nez du bateau, qu’on essaie de mettre bout au vent sans grand succès. Je monte sur la coque et m’arc-boute sur la dérive pour tenter de redresser le bateau sans arriver à le faire réellement décoller. On avait un bout en place à l’étrave que j’arrive à passer derrière une dame de nage restée en place. J’envoie le bout à un voilier qui rentrait au port sous moteur. A nous deux (moi à la dérive, lui en traction sur le bout) on arrive à le relever légèrement mais pas suffisamment …. On est tout près du port de La Roche Bernard et le bateau du port avec deux personnes à bord nous vient en assistance. Françoise embarque sur le voilier venu en aide. Après plusieurs tentatives infructueuses, moi seul sur la coque à agir via la dérive, un de nos deux sauveteurs me rejoint sur la coque et nous parvenons à le redresser. Après avoir copieusement écopé (merci à mon équipière d’avoir bien arrimé le seau), on repart, Let’er Buck à couple du bateau à moteur jusqu’à la cale de Marzan.

Pirmil a la bonne main

Pirmil sous grand voile seule amurée sur l'avant naviguant "à la bonne main" en Hollande

Le bilan et « l’arbre des causes » :

1. C’est normal, mais chapeau quand même pour tous les équipages qui se sont arrêtés, ont aidé ou tourné autour de nous jusqu’à ce que la situation apparaisse sous contrôle et merci à tous ces anonymes. Merci aussi à Jean-Michel et Marie-Annick qui étaient en arrière de nous au moment du chavirage et qui dès leur arrivée nous ont soutenu, ont vérifié autour de nous à la recherche d’éventuels objets flottants, prêts à intervenir si nécessaire, ne serait-ce que pour nous embarquer. Ne pas naviguer seul est quand même un atout réconfortant.

2. Tout s’est passé très vite mais le premier facteur d’embardée est (évidemment) le coup de vent violent par tribord alors qu’on était vent arrière à 3/4 arrière.

3. L’écoute larguée rapidement le bateau a néanmoins chaviré très vite vers babord. J’y vois 3 causes :

3a. La grand voile était gréée au point d’amure avant (version catboat) qui se situe 50cm en avant du point d’amure utilisé quand je grée avec foc. Tribord amure, la partie avant de la voile vient s’appuyer sur le mât, qui est alors sous le vent, offrant ainsi une surface que je viens d’estimer à 1,67 m² (avec un ris). Ces 1,67 m² ne sont pas « larguables » lorsque l’écoute est libérée et offrent une prise au vent conséquente !

3b. Nous étions vent arrière et la dérive n’était que partiellement descendue … elle fut de peu d’effet lorsque la rafale nous a pris par le travers.

3c. Pour équilibrer le bateau qui était sous vent arrière nous étions positionnés chacun sur un bord et nous nous sommes trouvés très rapidement sur le mauvais bord et dans l’impossibilité de faire rappel …

Point d amure avant allure a la mauvaise main

Pirmil grand voile amurée sur l'avant navigant "à la mauvaise main" en Hollande

Les leçons à tirer (et vous en trouverez sans doute d’autres)

 

1. Il aurait été plus prudent de revenir au moteur,…, mais c’était tellement tentant d’essayer quand même de faire un bout à la voile ….

2. Je n’utiliserai plus le point d’amure à l’avant. Je comprends mieux pourquoi sur les séries suivantes, une deuxième emplanture de mât existe positionné 50cm en avant de l’emplanture « voile + foc ». Amurer près du mât ne retire que 0,5 m² de surface offerte au vent mais autorise une rotation plus complète de la vergue autour du mât lorsque l’écoute est larguée1.

3. Je garderai plus de dérive (voire toute la dérive) même aux allures portantes ( ne serait-ce que pour ne pas avoir à la débloquer quand on est retourné ...).

4. J’utilise rarement les ballasts, c’est sans doute une erreur. Je pense que les remplir n’affecterait que peu les performances du bateau mais offrirait une meilleure stabilité bien utile en cas de coup de vent.

Grement foc voile point d amure pied de mat

Pirmil avec foc et grand-voile amurée en pied de mat toujours en Hollande

En guise de conclusion :

Personne n’est blessé. C’est l’essentiel.

Nous avons perdu le gouvernail qui a coulé2.

Les gilets se sont bien gonflés au contact de l’eau mais le mien s’est très vite dégonflé et j’ai réalisé qu’il était percé3.

La VHF était à bord mais dans un équipet … Du coup cela ne devient plus très utile quand on est sur la coque….4

Le moteur …. Ben, on aurait mieux fait de continuer à l’utiliser, … parce qu’après le redressement il était devenu bien inutile …

Le mât … intact mais la fixation au tableau avant a lâché et une partie du brise vague sur laquelle cette fixation s’appuie s’est cassée. C’est vraiment un point de fragilité qu’il faut renforcer surtout si on veut s’aider d’un bout fixé au pied de mât pour redresser le bateau.

 

 

Philippe et Françoise LUCAS, Let’er Buck.

 

 

1A analyser ce chavirage, je réalise aussi qu’amurer trop en avant explique sans doute le coiffage du mât qui m’est arrivé une fois dans le Golfe du Morbihan.

2Je savais ce risque, 2 propriétaires de Pirmil ayant demandé des photos pour faire refaire les gouvernails perdus après chavirement. Depuis, j’avais pris l’habitude d’assurer mon gouvernail avec un bout …. sauf cette fois là. Il me reste à me satisfaire d’en avoir fait des plans cotés pour accompagner les photos demandées....

3Je ne sais pas s’il était percé avant ou s’il s’est percé quand je me bagarrais avec ma dérive, ou en montant sur la coque. Quoiqu’il en soit, il peut être utile de tester son gilet en le gonflant de temps en temps à la bouche ou mieux avec une pompe (air sec) pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite…

4Elle a baigné une bonne heure dans l’eau mais quelques coups de séchoir à cheveux et quelques heures sur un petit matelas de riz dans une boite hermétique au soleil lui ont rendu la parole.

 

voile au tiers chavirage

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